jeudi 15 novembre 2018

Perspective autour du périple d'un porte-conteneur dans l'Océan Arctique


Le 18 septembre dernier, la presse hexagonale écrivait que, pour la première fois, un porte-conteneur a pu traverser l’Arctique. Il s’agit d’un navire sous pavillon danois, le Venta Maersk, qui, suivant le sillage d’un brise-glace russe, est parti de Vladivostok en Russie le 22 août et a terminé son périple dans l’ancienne capitale de l’Empire russe, Saint-Pétersbourg, le 27 septembre.

Ce voyage, de nature avant tout scientifique, a profité de conditions favorables, notamment grâce à la fonte des glaces estivales. Le bateau était déjà sorti de l’Océan Arctique au moment où la banquise a commencé son expansion hivernale (autour du 19 septembre). Même s’il est normal qu’à cette période de l’année, la glace ait peu de prise sur la mer, le réchauffement du climat entraîne une diminution de la superficie de la glace d’année en année (l’extension maximale passant de 12,5 million de km² de glace à un peu moins de 10,5 millions de km² entre 1979 et 2017 d’après le NSIDC)1.

Si la superficie de la glace diminue, le fait qu’un porte-conteneur traverse sans encombre l’océan septentrionale marque une nouvelle étape des ambitions des nations environnantes, notamment la Russie, qui pourrait trouver une voie pour rentabiliser son commerce maritime. La Norvège, qui a également un accès dans les mers nordiques, pourrait tirer son épingle du jeu si un flux commercial se mettait en place à cet endroit. Le Danemark, via le Groenland, souhaite également conserver la main sur une potentielle zone incontournable stratégiquement et riche en ressources naturelles. Il est également intéressant de constater l’intérêt de nations plus lointaines, qui n’ont aucun contact direct avec la zone, comme la Chine ou encore d’autres pays de l’Union Européenne.

Dans cette perspective, les enjeux commerciaux accroissent naturellement les rivalités entre les différents acteurs. Celles-ci ont, par exemple, tendance à se matérialiser à travers les différents exercices militaires aussi bien du côté de l’OTAN que de la Fédération de Russie, à proximité des frontières et de la Russie et de la Norvège. Dans le même temps, le développement des activités humaines dans cet espace augmente également la pollution dans les fragiles écosystèmes arctiques. Cette pollution est d’abord de nature visible, comme les tonnes de déchets, plastiques notamment, qui s’amoncellent et qui sont ramassés par des volontaires au Svalbard (Norvège). Elle est également de nature invisible, causant la destruction et l’empoisonnement d’espèces vivantes locales2.

Seul l’avenir nous dira, si, par sa traversée historique, le Venta Maersk inaugura la route commerciale arctique et si, par incidence, l’intérêt pour l’Arctique et ses ressources théoriquement abondantes fût une chimère ou bien une étape concrète, permettant de soutenir et de prolonger la vie du modèle économique et de consommation actuel dans le monde.

Julien Neuville
L'auteur est étudiant en master 2 à l'université de Caen-Normandie.


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