mardi 15 octobre 2019

L’importance de la dimension visuelle dans le rock et le heavy metal : le cas des groupes suédois Avatar et Ghost


Au-delà de leurs productions musicales,  Avatar et Ghost, respectivement formés en 2001 et 2006, sont reconnus pour leurs vidéo clips souvent inspirés de l’univers cinématographique. À travers une présentation très succincte d’exemples de créations vidéo de ces deux groupes, ce billet a pour but de montrer l’importance et la potentielle richesse de la dimension visuelle des genres rock et heavy metal. L’idée de ce billet est née des réflexions apportées l’an passé par les étudiants de 2ème année de licence en langues littératures et cultures  nordiques, lors du cours donné sur la musique metal dans l’espace nordique.


L’une des sources d’intérêt les plus remarquables des œuvres d’Avatar et de Ghost s’avère être l’intertextualité. Le cinéma et la musique ont entretenu des relations étroites depuis plusieurs dizaines d’années. Le clip très scénarisé de la chanson « Thriller »[1] de Michael Jackson qui a été diffusée pour la première fois en 1983 en est l’un des exemples les plus frappants. Les références au cinéma y sont nombreuses, on voit par exemple un couple aller voir un film d’horreur au cinéma et c’est l’acteur Vincent Price, notamment connu pour ses rôles dans des films d’épouvante que l’on entend parler juste avant la scène de danse des zombies.
Dans la scène hard rock et heavy metal, les clips du chanteur, musicien et réalisateur américain Rob Zombie sont des exemples très parlants de références faites au grand mais aussi au petit écran. Le clip de sa chanson « Living Dead Girl »[2], sorti en 1999, reprend par exemple les codes esthétiques du film emblématique de la période de l’expressionisme allemand, Le Cabinet du docteur Caligari sorti en 1920[3].

Ghost et Avatar font également de nombreuses références à l’univers cinématographique. Les deux groupes reprennent notamment les codes esthétiques des premières décennies du cinéma. Les débuts du septième art, avec les films muets, la technique des intertitres et des images en noir et blanc sont par exemple représentés dans  le clip « Hail the Apocalypse »[4] d’Avatar. À l’inverse, la naissance des slasher-movies, un sous-genre du cinéma d’horreur développé aux États-Unis vers la fin des années 1970 , est notamment mise en scène dans le clip « Rats »[5] de Ghost, qui contient une scène chorégraphiée, où des personnages féminins sortent de sacs mortuaires pour danser avec le protagoniste, rappelant ainsi le clip de « Thriller »[6]. Enfin, les deux groupes s’attachent à raconter des histoires dans leur clips, dépassant ainsi le simple fait d’être filmés en train de jouer leur chanson et apportant d’éventuelles clés pour comprendre leurs textes. 

Les créations de ces deux groupes sont cependant loin d’être identiques. D’un côté, Avatar s’est créé un univers aux multiples influences, telles que le monde du cirque, du catch ou encore, mais pas seulement, des freak shows, consistant en l’exposition d’êtres humains considérés comme anormaux du fait de différences principalement physique et qui était en vogue notamment aux États-Unis entre le 19ème et le début du 20ème siècle. Ghost présente  au moyen de ses clips et de court-métrages l’histoire d’une église sataniste et s’amuse également à réécrire l’histoire de la pop-culture, comme en témoigne le clip du single « Kiss the Go-Goat »[7] qui aurait connu, d’après le clip, un succès important à sa première sortie en 1969. 

À l’inverse du pagan ou du folk metal évoqués dans de précédents billets, l’origine nordique de ces groupes est presque invisible dans leurs œuvres. Cependant, la richesse et la variété de leurs références intertextuelles montrent qu’il existe des univers bien différents mais tout aussi recherchés et intéressants que les ceux basés sur thématiques plus courantes comme les vikings et la période pré-chrétienne et qui mériteraient que des travaux d’analyse leurs soient consacrés.[8]

 
Lise Vigier – L'auteure est doctorante à l'école doctorale 558 Histoire, Mémoire, Patrimoine, Langage / Université de Caen Normandie.



[1] Michael Jackson, « Thriller », Thriller, Epic Records, 1982. Clip disponible à l’adresse https://youtu.be/sOnqjkJTMaA, consultée le 14/10/2019.
[2] Rob Zombie, « Living Dead Girl », Hellbilly Deluxe: 13 Tales of Cadaverous Cavorting Inside the Spookshow International, Geffen Records, 1998. Clip disponible à l’adresse https://youtu.be/BvsMPOfblfg, consultée le 14/10/2019.
[3] Robert Wiene, Le Cabinet du docteur Caligari, Decla-Bioscop, 1920.
[4] Avatar, « Hail the Apocalypse », Hail the Apocalypse, Entertainment One, 2014. Clip disponible à l’adresse https://youtu.be/zKe8jze56Vg, consultée le 14/10/2019.
[5] Ghost, « Rats », Prequelle, Loma Vista Recordings, 2018. Clip disponible à l’adresse https://youtu.be/C_ijc7A5oAc, consultée le 14/10/2019.
[6] Michael Jackson, « Thriller », Op. cit.
[7] Ghost, « Kiss the Go-Goat », Seven Inches of Satanic Panic, Loma Vista Recordings, 2019. Clip disponible à l’adresse https://youtu.be/qyxrzUe_TDM, consultée le 14/10/2019.
[8] Le format d’un billet de blog ne permet en aucun cas de rendre justice aux travaux de ces deux groupes et c’est pourquoi j’invite les lecteurs de ce billet à aller voir leurs vidéos. Je tiens tout de même à mettre en garde concernant le contenu parfois sensible de certaines vidéos d’Avatar, mettant notamment en scène des actes de violence ou des performances physiques extrêmes.
Chaîne Youtube d’Avatar disponible à cette adresse : https://www.youtube.com/channel/UCyaPf0E-PRRZH3UvvxNPeEw
Chaîne Youtube de Ghost disponible à cette adresse : https://www.youtube.com/user/thebandGhost1

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire