samedi 15 juin 2019

Un renouveau de la gauche nordique ?


Alors que la gauche et la social-démocratie sont considérées comme étant en déclin en Europe, les dernières élections dans les pays nordiques semblent aller dans le sens inverse.

Après la Suède à l’automne dernier et la Finlande en avril, c’est au tour du Danemark de voir les Sociaux-démocrates remporter les élections législatives. Bien que ces partis appartiennent à la même famille politique, les campagnes menées et les programmes qu’ils ont présentés sont différents.



Sur un échiquier politique où, avec l’émergence de nouvelles forces, le clivage gauche droite tend à perde de la valeur, un des enjeux pour les partis sociaux-démocrates est de se renouveler et de s’adapter aux nouveaux enjeux des sociétés contemporaines en pleine mutation. C’est ce qui semble se produire dans les pays nordiques où les partis sociaux-démocrates prônent la fin des coupes budgétaires dans les services publics avec un retour à un Etat-providence ainsi qu’un engagement écologique. Ce renouveau présente aussi quelques divergences, la gauche ayant évolué de manière différente en fonction du pays.


En Suède et au Danemark, les partis Sociaux-démocrates ont adopté une ligne plus stricte sur la politique migratoire (avec entre autres, une réduction des quotas des demandeurs d’asile, un durcissement des conditions du regroupement familial, et en plus au Danemark, l’interdiction du niqab et de la burqa dans l’espace public) pour éviter que son électorat rejoigne les partis populistes de droite radicale. Cette prise de position de Mette Frederiksen, la leader du parti social-démocrate danois et future Premier ministre du pays, a été critiquée par les partis qui se situent plus à gauche, comme une perte de valeur et de principes. Elle pourrait également lui poser problème pour constituer une coalition gouvernementale[1].  La différence majeure entre la Suède et le Danemark est l’impact de ce virement sur la question de l’immigration. En effet,  les Démocrates de Suède (Sverigedemokraterna, extrême droite) a gagné des votes[2] alors qu’au Danemark, le Parti populaire danois (Dansk Folkeparti, droite radicale) a vu son électorat diminuer de plus de moitié passant de 21,1% des voix en 2015 à 8,7%.


En Finlande, Antti Rinne, le leader des Sociaux-démocrates et nouveau Premier ministre, a au contraire pris un tournant plus à gauche et plus écologiste[3]. Son nouveau gouvernement est une coalition avec les Verts, l’Alliance de gauche (gauche radicale) ainsi que le Centre et le Parti suédophone. Le programme gouvernemental est très axé sur les questions d’égalité et d’écologie et  propose également d’augmenter les quotas annuels de réfugiés.


Il serait donc intéressant de voir l’évolution de ces politiques et gouvernements de gauche dans ces pays ainsi que l’efficacité  des stratégies pour lutter contre la montée des populistes de droite radicale dans quelques années lors des prochaines élections.



Marie Cazes – L’auteure est doctorante en science politique à l’Université de Jyväskylä (Finlande)

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