mardi 15 janvier 2019

A quand un nouveau gouvernement en Suède ?

Cinq mois après les élections parlementaires suédoises, le royaume n’a toujours pas de nouveau gouvernement, les négociations s’enlisent et la menace de nouvelles élections se fait sentir. Une première pour un pays dont la configuration des forces politiques a été complétement chamboulée par le succès des Démocrates de Suède dans les dernières élections[1].

En effet, la montée des Démocrates de Suède à 17,5%  place les deux blocs traditionnels dans une situation de minorité au Riksdag, parlement suédois. Le bloc des Sociaux-Démocrates, des Verts et de la Gauche recueille 144 sièges au Parlement (il y a 349 sièges), tandis que l’Alliance (composée des Modérés, du Centre, des Libéraux et des Chrétiens-Démocrates), recueille 143 sièges…

Avec le système de vote à la proportionnelle, généralement aucun parti politique n’obtient une majorité absolue au Parlement et aucun parti ne peut gouverner seul[2]. Il faut des négociations entre plusieurs partis pour obtenir une coalition gouvernementale qui obtienne le soutien de la majorité du Parlement pour mettre en place sa politique[3]

En Suède, depuis près d’un siècle c’est le Parti Social-Démocrate qui arrive en tête dans toutes les élections parlementaires et le parti fait donc très souvent partie des gouvernements, généralement avec le soutien d’autres partis de gauche et des Verts. Il y a cependant eu des alternances avec des coalitions de droite avec les Modérés, le Centre, les Libéraux et les Chrétiens Démocrates. Depuis plusieurs décennies ces deux blocs se partageaient les coalitions gouvernementales en fonction de la majorité obtenue au Parlement et des accords obtenus lors des négociations pour former le gouvernement.

Cependant, l’arrivée des Démocrates de Suède a complétement changé la donne. La majorité parlementaire, afin de composer un gouvernement, est devenue impossible à obtenir sans changer les alliances au sein des blocs, ou sans le soutien des Démocrates de Suède. Néanmoins en raison des origines du parti, cette option reste inenvisageable pour les leaders des autres partis.

Il y a eu pour le moment deux tentatives de formation de gouvernement ; à la mi-novembre la coalition gouvernementale de l’Alliance proposée par Ulf Kristersson, leader des Modérés a été rejetée et en décembre, celle de Stefan Löfven Premier ministre sortant et leader des Sociaux-Démocrates a aussi été rejeté par le Riksdag. A l’heure actuelle, des négociations ont lieu entre les Sociaux-démocrates, les Verts, le Centre et les Libéraux en vue d’aboutir à un gouvernement, mais ces partis n’auraient pas la majorité du parlement, ce qui compliquerait le travail du gouvernement et menacerait sa stabilité. Le prochain, et troisième, vote du Parlement pour un Premier ministre est prévu au 16 janvier.

Après quatre votes de rejet[4] d’une coalition gouvernementale par le Parlement, la constitution prévoit de nouvelles élections. Les autorités responsables des élections réfléchissent déjà à cette éventualité et  ont déjà fait savoir qu’il serait possible d’organiser un nouveau scrutin dès le 7 avril[5].

Marie Cazes. L’auteure est doctorante à l’Université de Jyväskylä (Finlande).




[1] Pour un rappel sur qui sont les Démocrates de Suède, je vous renvoie au billet de juin http://vuedunord.blogspot.com/2018/06/les-democrates-de-suede-du-neonazisme.html
[2] Sauf en 1940 et en 1968 où le Parti Social-Démocrate obtient plus de 50% des suffrages et dirige un gouvernement majoritaire.
[3] Pour avoir une idée de comment fonctionne les coalitions gouvernementales dans les pays nordiques, la série Borgen qui se déroule au Danemark, est un bon moyen pour comprendre.
[4] Un vote de rejet signifie que le candidat Premier ministre reçoit 175 ou plus de votes ‘non’, le Premier ministre n’a pas besoin d’une majorité absolue de ‘oui’.

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